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PREAMBULE

Depuis quelques années le préambule
de nos rapports est offert à la plume d'intervenants extérieurs, en fonction
de l'actualité.
Aujourd'hui les débats
autour de la dépénalisation de la consommation du cannabis animent la
Suisse concernée par les addictions et la politique qui doit les gérer. La
prise de position du conseil des Etats pour la dépénalisation du cannabis en
est le symbole.
Certains médias ont tendance à
présenter la préoccupation de notre pays en matière de politique des
addictions comme "à la pointe", voire "téméraire" mais
surtout comme "isolée" dans une Europe qui camperait confortablement
sur l'assurance des bienfaits de la répression et de la "guerre à la
drogue".
Est-ce vraiment le cas ?
Pour preuve du contraire nous
reproduisons dans ce préambule la présentation des 23èmes journée de l'ANIT (Ass. Nationale des
Intervenants en Toxicomanie) en juin 2002.
La France, ces dernières années,
s'est acquise en matière de politique des addictions une solide réputation de
conservatisme, ayant même eu beaucoup de peine à accepter, longtemps après
les autres pays européens, la généralisation des traitements avec cure de
substitution à la méthadone.
Et pourtant .....
La Suisse n'est donc pas une île en Europe en matière de politique des addictions : les autres pays se posent quasiment en même temps les mêmes questions, poussés par la nécessité de "faire bouger les choses" qu'impliquent nos meilleures connaissances des phénomènes complexes liés aux addictions.
Usages de drogues et interdits :

pratiques et changements:
XXIIIèmes
Journées nationales de l'ANIT - Nantes 6/7 juin 2002
sous
le haut-patronage de :
Claude
BARTOLONE, Ministre Délégué à la
Santé
Bernard
KOUCHNER, Ministre Délégué à la
Santé
Nicole
MAESTRACCI, Présidente de la
M.I.L.D.T. (Mission Interministérielle de Lutte contre la Drogue et la
Toxicomanie)
S'il n'existe pas de société
sans drogues, il n'existe pas non plus de société où leur usage ne soit
encadré par des tabous, des coutumes, des règlements ou des lois. En effet,
plus elles sont puissantes et efficaces, plus
les drogues peuvent être toxiques et dangereuses. Aussi, chaque société
tente-t-elle de fixer des limites à leur usage.
Pour autant, ces interdits sont éminemment relatifs : chaque époque, chaque
culture et même sous culture (groupes de jeunes, catégories sociales, sexes,
famille...)semble avoir les siens propres à un moment donné.
Il y a donc une histoire et une anthropologie de ces interdits qui ne sont pas
fixés dans d'immuables tables de la loi.
L'Europe connaît actuellement
une période d'évolution rapide de ces limites. En effet, l'accroissement
spectaculaire et la diversification des usages de substances psychoactives,
d'une part, la faiblesse croissante de l'efficacité préventive de l'interdit
fondé sur le seul argument d'autorité, d'autre part, conduisent à une
adaptation des législations et des pratiques judiciaires. C’est ainsi que les
problématiques de santé publique sont de plus en plus invoquées pour fonder
rationnellement ces réglementations plutôt que d’en rester aux seuls us et
coutumes ou à la tradition ... actuellement déconnectée des réalités
sociales et culturelles contemporaines.
Cette réflexion est devenue d’autant plus nécessaire que l’épidémie de SIDA chez les toxicomanes par voie intraveineuse a révélé combien la prohibition des opiacés, d’une efficacigté douteuse en matière de prévention des toxicomanies, a constitué un important facteur de propagation du HIV et contribué à aggraver encore ce problème majeur de santé publique.

Autant de raisons qui ont
conduit de nombreux pays d’Europe à
dépénaliser l’usage simple de stupéfiants
de droit ou de fait.
En France, cette évolution
est étayée par les positions prises, en ce sens par les professionnels de
l’ANIT (1992), le Comité Consultatif National d’Ethique (1993), la
Commission HENRION (à propos du cannabis, 1995), les Rencontres Nationales au
Conseil National du SIDA (2001). Le Comité Consultatif National d’Ethique
rejetait déjà, en 1993, la distinction entre drogues licites et illicites et
prônait une "troisième voie" entre répression et légalisation. Ces
évolutions imposent donc des muttins en profondeur de notre attitude face aux
drogues. Si la pénalisation de
l'usage, telle une nouvelle ligne Maginot déborde de toutes parts, ne
fonctionne plus, la dépénalisation n'est pas non plus une solution en soi.
De nos jours, quelles nouvelles limites devons-nous donc concevoir, quels
nouveaux repères pouvons-nous penser ?
Comment fonder rationnellement
ces nouvelles règles et lois et ne plus les laisser reposer sur l'opinion, les
moeurs ou l'idéologie dominante du lieu et du moment ? Comment
donc leur rendre une vertu pédagogique et préventive qu'elles ont
actuellement perdu du fait de leur inapplicabilité ? Comment protéger
individus et société des méfaits potentiels de ces substances au lieu de se
contenter d'incantations stériles à la guerre contre la drogue ? Comment en réduir
les risques et dommages induits ?
Toutes ces questions
fondamentales ont des implications extrêmement concrètes qu'il faut aborder
d'urgence : protection des mineurs et des personnes vulnérables, prévention
des mises en danger d'autrui (conduite de véhicules, exercice professionnel
...)
Tout ceci ouvre également la question de l'articulation entre cadre thérapeutique et interdit, notamment la question des soins obligés dont la place ira croissant au fur et à mesure que les usages feront moins l'objet d'un traitement pénal.
Si les drogues illicites et
leurs usagers sortent ainsi peu à peu de leur statut d'exception, cela est
aussi le cas des intervenants en toxicomanie devenus addictologues ... Cela doit
nous conduire à ouvrir résolument nos réflexions et nos pratiques à de
nouveaux partenariats et réseaux aussi bien du côté de l'autorité judiciaire
que des professionnels des addictions licites (alcool, tabac, médicaments ...)
qui ont de longue date une expérience des actions de prévention et des soins
en contexte d'usage dépénalisé mais réglementé.
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