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PREAMBULE
« Un
stupéfiant fétichisme »
Arguments
éthiques en faveur de la liberté thérapeutique
par
Docteur en philosophie, maître-assistant à l'Université de Genève, chercheur associé au C.N.R.S. (Paris).
…Ainsi, je propose de distinguer — une distinction qui précisément échappe aux pensées binaires — entre interdiction et interdit.
L'interdiction, (interdiction pénale),
c'est ce qui s'impose avec la force brute de la loi et que brandissent les
prohibitionnistes; l'interdiction se dit d'une prohibtion expressis
verbis, donc généralement formalisée en termes de loi, aboutissant à
punir celui qui y contrevient.
Mais l'interdit, (interdiction sociale), lui, n'a pas cette connotation juridico-légaliste. Il renvoie plutôt à un ensemble de pratiques culturelles ou sociales tacitement admises, réglant tel ou tel aspect du comportement personnel ou interpersonnel. Alors que l'interdiction relève du domaine de la loi, l'interdit relève plutôt de celui des moeurs, c'est-à-dire de pratiques socialement intégrées ne requérant pas obligatoirement une formulation explicite.
Il est à noter toutefois que ce n'est pas parce que les interdits culturels ne sont pas explicitement formulés qu'ils ne sont pas efficaces: ainsi, pour prendre un exemple, à l'école, il n'y a aucune loi ni règlement qui interdise explicitement aux élèves le mouchardage; or, bien qu'elle ne fasse pas l'objet d'une interdiction spécifique, il est bien clair que pèse sur ce genre de pratiques un interdit particulièrement lourd: toute infraction à l'attitude de solidarité entre élèves est sévèrement punie par ceux-ci, souvent d'ailleurs avec une efficacité tout à fait dissuasive.
Or, cette distinction entre interdiction et interdit, qui est structurellement ignorée par les fétichistes de la loi, se révèle d'une grande portée dans le cadre des politiques de la drogue. Elle permet notamment de nuancer l'espace qui sépare la dépénalisation de la légalisation. Dépénaliser, cela veut dire lever l'interdiction juridique qui pèse sur tel ou tel produit, et ne plus considérer comme un crime les pratiques liées à son usage; légaliser, cela veut dire en toute rigueur trouver un cadre de loi approprié pour un usage socialement acceptable des drogues; légaliser, c'est donner un cadre légal pour une pratique qui n'est plus pénalisée. Ni la dépénalisation, ni la légalisation n'encouragent donc ipso facto la consommation généralisée, car légalisation ne veut pas forcément dire banalisation. En effet, — et cela me semble tout à fait essentiel —, que quelque chose soit juridiquement permis ne dissipe pas nécessairement son caractère d'interdit, au sens que j'ai dit. Et c'est pourquoi, si légalisation il y a, il faut indissociablement qu'elle s'accompagne d'un considérable effort d'éducation et de prévention. Une dépénalisation sommaire aurait à n'en pas douter des effets désastreux. La dépénalisation, c'est-à-dire la levée de l'interdiction juridique, n'apparaît plutôt que comme une condition de possibilité pour faire passer telle ou telle drogue de son statut d'être un objet d'interdiction — et donc simultanément de fascination — à celui d'être un objet d'interdit — et c'est l'éducation, au sens très large, qui assure ici le passage de l'un à l'autre. A ceux qui raisonnent binairement en termes de permission/répression, il faut donc répondre que l'alternative qu'ils posent n'est pas complète: entre ce qui est juridiquement permis et ce qui est juridiquement réprimé, il y a tout ce qui est socialement réprouvé et qui de la sorte n'est pas l'objet de la force brute d'une loi, mais celui, précisément, d'une éducation, d'une information, d'une explication, d'une justification.
(le texte complet peut-être lu dans notre rapport 1999 ou sous :
http://www.drop-in-ne.ch/fetichisme.html )
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