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La révision de la Loi Fédérale sur les Stupéfiants…

ou

Faut-il avoir peur de la dépénalisation du cannabis ?

ou

Quel dommage de s’être arrêté en si bon chemin !

 

En 2000, le Conseil des Etats a accepté la révision de la Loi Fédérale sur les Stupéfiants (LF Stup.).

Cette révision contient la dépénalisation de la consommation du cannabis et de ce qu’on appelle les "actes préparatoires"… 

Le cannabis est un produit psychotrope, puissant à haute dose ; il est utilisé récréativement par des centaines de milliers de citoyens et de jeunes en Suisse, sans qu’ils n'en présentent apparemment le moindre inconvénient. L'abus, comme pour les autres produits, est dangereux et les plus fragiles peuvent tendre à avoir recours aux dérivés du cannabis comme à une "automédication" ce qui peut générer une trajectoire vers la toxicomanie. 

Ce développement de la consommation s’est fait sous l’égide d’une loi pénalisant clairement tout ce qui tourne autour de l’utilisation de ce produit, démontrant plus qu’à satiété son inadéquation et son inopérabilité.

Par contre cette loi générait une inégalité patente entre les citoyens des différents cantons qui subissaient 26 interprétations différentes de cette inadéquation: le consommateur de tel canton n’était pas du tout pénalisé alors que dans le canton voisin il était lourdement frappé.

 

Il fallait donc que ça change…

 

Une meilleure connaissance des phénomènes complexes liés aux addictions, les progrès des neurosciences, la sociologie, l’anthropologie et l’histoire des "drogues" ainsi que la prise en compte que la toxicomanie, actuellement plus justement nommée addiction, est en fait l’ "automédication" d’une pathologie, ou du moins d’une souffrance sous-jacente, qu’il faut diagnostiquer et traiter et non pas renforcer par une pénalisation, confirment l’absence de sens de continuer à sanctionner pénalement la consommation. 

Ne pas sanctionner pénalement ne veut pourtant pas dire encourager la consommation, ni l’autoriser aux mineurs, ni même la banaliser.

Cela veut dire qu’on a compris que la consommation compulsive de produits psychotropes est le symptôme d’une pathologie qu’il faut soigner et qu’il est contre-productif de punir, comme nous l’ont dramatiquement démontré l’épidémie du SIDA et l’influence effroyable de la pénalisation sur sa propagation dans notre pays. 

En un mot ceci est valable pour tous les produits psychotropes et pas seulement pour le cannabis !

 

Et attention, on ne parle là que de dépénalisation de la consommation : il n’est pas question de dépénaliser le trafic ou les actes pénalement répréhensibles liés à la consommation.

 

Ne dépénaliser que la consommation du cannabis est le résultat d’un compromis politique du Conseil Fédéral que nous pouvons bien comprendre : il faut vraiment changer quelque chose dans le sens d’une dépénalisation mais le peuple n’est sûrement pas prêt à la dépénalisation de la consommation de tous les produits psychotropes illégaux, alors commençons par le cannabis !…

 

Cela peut sembler raisonnable…l’est-ce vraiment ?

 

Faut-il avoir peur de la dépénalisation du cannabis ?
 

Le Conseil Fédéral reconnaît que la modification de la Loi doit impérativement être accompagnée de mesures d’information et de prévention spécifiques dont il estime le coût à la charge des cantons à 80 millions de francs.

 

Quelles sont donc ces informations que nous devons nous préparer à faire passer à la population, aux politiciens, aux médias, aux parents et aux éducateurs ainsi qu’à toute la jeunesse pour éviter que la révision de la loi ne devienne un auto-goal ?

 

 

Il y a des produits psychotropes, c'est-à-dire qui modifient l'état de conscience : ils sont légaux comme l'alcool, les médicaments ou illégaux comme ceux que l'on a appelés les drogues : héroïne, cocaïne, dérivés du cannabis, ecstasy, amphétamines thaïes. 

Pour tous ces produits, il existe des usagers récréatifs qui les utilisent épisodiquement, pour le "fun", sans que cela ne leur pose jamais de problèmes. 

Il y a des usages problématiques où l'utilisation de ces produits a créé des dommages, par exemple : accident de la circulation sous ivresse alcoolique, cannabique, héroïnomaniaque, sous l'emprise de cocaïne ou de dérivés amphétaminiques. 

Et il y a l'usage abusif générant la dépendance, l'addiction.

La grande erreur a longtemps été de définir la problématique par la nature des produits utilisés en évaluant leur "dangerosité intrinsèque".

 

Une analyse plus objective nous démontre que :

 

¨ L'héroïne et les opiacés ne présentent aucun problème lorsqu'ils sont utilisés avec rigueur avec des indications médicales précises. L'abus par contre est dangereux, surtout dans les conditions illégales avec des produits douteux et par injection. 

¨ L'alcool est pharmacologiquement plus toxique que l'héroïne, ce qui n'empêche pas des centaines de milliers d'usagers récréatifs d'en user à titre convivial sans que cela ne présente le moindre inconvénient. L'abus est dangereux et débouche à moyen et long terme sur des pathologies potentiellement plus graves que l'usage d'héroïne, la dangerosité de cette dernière étant particulièrement liée à son impureté due au trafic et aux modalités d'injection. 

¨ La cocaïne, décrite longtemps comme la drogue des "golden boys", les ecstasy et les amphétamines tristement célèbres actuellement sous l'appellation "d'amphétamines thaïes" sont pharmacologiquement beaucoup plus dangereuses ce qui n'empêche pas leur usage massif et banalisé, quasiment décrit comme normal dans le cadre des discos et des "rave party" et "afters". L'abus est dangereux ... et dans ce cas la notion d'abus peut survenir plus tôt et il peut être encore plus dangereux que pour beaucoup d'autres produits psychotropes. 

¨   Le cannabis est un produit psychotrope puissant à haute dose, il est utilisé récréativement par des centaines de milliers de personnes en Suisse sans que ces dernières n'en présentent le moindre inconvénient. L'abus, comme pour les autres produits, est dangereux et les plus fragiles peuvent tendre à avoir recours à une "auto-médication" avec des produits "plus puissants". 

 

L'usage récréatif, irrégulier, d'un produit psychotrope, même puissant, peut être inoffensif s'il est consommé à titre ludique et avec une grande prudence par une personnalité bien structurée et équilibrée.

 

Les produits illégaux ont certes une dangerosité particulière qui ne tient pas tant à leur pharmacologie qu'au fait que le marché illégal génère des mélanges, des coupages, des degrés de pureté différents. Imaginez des médicaments déclarés illégaux : que de catastrophes n'entraînerait pas la mise en circulation de produits impurs, mal dosés, coupés avec des excipients d'origine douteuse (cf. marché noir en Afrique !).

Le mode d’absorption est également très important : il est beaucoup plus dangereux de s’injecter un produit que de le "sniffer", le fumer ou le manger.

 

 La distinction entre drogue dure et drogue douce est surannée.

 

 

Que le produit soit légal ou illégal, la possibilité de modifier de façon importante l'état de conscience contient, en tant que telle, de sérieux dangers en fonction des caractéristiques du consommateur, de sa santé psychique et de sa fragilité.

Il s'agit bien là de la clef de la compréhension du problème : la dangerosité d'un produit psychotrope est fonction des caractéristiques de la personne qui le consomme.

 

Ceci nous explique bien la possibilité de vivre avec l'alcool, avec le cannabis, avec les opiacés (cf. l'utilisation récréative de l'opium en Orient ou de la morphine au long cours pour les douloureux chroniques), voire même à un degré moindre avec la cocaïne et des amphétamines, sans que cela pose le moindre problème à une personnalité pour laquelle cet usage est ludique, récréatif, donc mesuré et souvent irrégulier. 

Il en va tout autrement lorsqu'un produit psychotrope, quel qu'il soit, est consommé par une personnalité fragile, le découvrant souvent à l'adolescence ou à peine plus tard :

 

Le plaisir qu'il génère dans un premier temps devient ensuite celui du soulagement d'une souffrance, d'une pathologie sous-jacente qu'on ne perçoit pas encore clairement, avec l'illusion de maîtriser le produit et d'avoir ainsi trouvé une solution pour mieux vivre.

Nous le savons maintenant, la toxicomanie, les conduites addictives sont un symptôme d'un mal-être et d'un mal-vivre avec le plus souvent une pathologie psychiatrique sous-jacente où l'utilisation du produit psychotrope prend valeur "d'automédication".

  

Que vient faire le pénal là-dedans ?

 

Ce sont des facteurs anthropologiques, sociologiques et idéologiques d’une époque qui l’y ont introduit.

 

Les temps changent…Les approches doivent le faire aussi ! 

 

  

Cependant la manière dont les choses se passent et se raisonnent peuvent laisser croire au public que le cannabis est dépénalisé parce qu'il n’est pas dangereux....   Ce  n'est pas vrai !

 

Certes le cannabis ne provoque pas d’overdoses mortelles mais il a des caractéristiques neurobiologiques qui font, lorsqu’il est consommé massivement, qu’il peut entraîner des troubles sérieux de la santé, en particulier psychiques. Il s’agit là des problèmes générés par un usage abusif. Il peut révéler des schizophrénies chez les adolescents prédestinés et fragiles par l’action des récepteurs spécifiques au cannabis dans le cerveau sur le système dopaminergique. Attention, il faut bien le comprendre, le cannabis ne va pas créer des schizophrénies, mais la consommation de grosses quantités de ce produit peut faire émerger une maladie latente. Son action négative sur la mémoire de fixation peut entraîner, une fois de plus pour les plus fragiles, des retards scolaires qui peuvent déboucher plus tard sur de véritables désinsertions sociales. D’un point de vue plus purement somatique, la fumée du cannabis est plus irritante que celle du tabac et produira plus vite des affections pulmonaires comme les pneumopathies chroniques obstructives. La diminution de la fabrication des spermatozoïdes chez les grands consommateurs s’est avérée réversible quelques temps après l’arrêt de la consommation.

 

Comme celle de l'alcool, la consommation de cannabis est massive en Suisse. Comme ceux de l'alcool et d'autres produits psychotropes, l'usage problématique et l'usage abusif sont relativement rares. 

Il n'empêche que la rencontre d'un produit psychotrope aussi puissant que les dérivés du cannabis avec un jeune présentant les caractéristiques de fragilité nécessaires est éminemment dangereuse et peut générer une trajectoire vers l'addiction.  

 

Attention, cela ne signifie surtout pas qu'il faut maintenir une pénalisation qui a largement fait la preuve de son inadéquation et de sa contre-productivité (n’oublions pas que la situation actuelle s’est développée sous l’égide de la pénalisation !) mais que toute mesure de dépénalisation doit être accompagnée de toutes les explications et de toute la prévention nécessaires pour permettre, en particulier aux les jeunes, de passer de "l'interdit pénal" à un "interdit social" (cf. texte de M. Hunyadi dans notre rapport 1999 ).Il faut pour cela d'autres explications qu'une dépénalisation des produits dérivés du cannabis "parce qu'ils sont moins dangereux que les autres".

 

C'est certainement une bonne chose de cesser de pénaliser tous les usagers de cannabis en Suisse, parce que cela n'a pas de sens, comme n'a pas de sens la pénalisation de "l'automédication" que peut être la consommation des autres substances psychotropes. 

Cependant cette distinction particulière faite sur le cannabis tend à faire croire que ce produit n'est pas dangereux, ce qui pourrait générer une "acceptation sociale" qui multiplierait les consommateurs parmi les jeunes et augmenterait ainsi considérablement la rencontre entre le produit et les plus fragiles d'entre eux. 

Les études effectuées tendent cependant plutôt à nous rassurer : lors d’une dépénalisation de fait de la consommation du cannabis (expérience hollandaise), la consommation augmente légèrement dans un premier temps pour se stabiliser, puis diminuer nettement par la suite, et atteindre des taux inférieurs à ceux précédant la dépénalisation.

 

Cela peut aussi générer des "effets pervers" auprès des parents et des éducateurs : s'ils sont insuffisamment renseignés, ils ne verront aucune raison, devant ce qui pourrait paraître une "caution légale", de promouvoir l'interdit auprès des jeunes, non pas parce que la consommation est pénalement réprouvée mais parce qu'elle est potentiellement dangereuse.

 

Quel dommage de s’être arrêté en si bon chemin !  

 

Le politique n'a pas (encore ?) eu le courage d'aller jusqu'au bout du raisonnement et de dépénaliser la consommation de tous les produits psychotropes : cela aurait au moins eu le bénéfice de faire comprendre que la pénalisation d'une "automédication" n'a pas de sens et aurait évité de faire croire que les dérivés du cannabis sont beaucoup moins dangereux que tous les autres produits psychotropes. 

Cela aurait également eu la vertu de lancer d’emblée en Suisse le vrai débat de la dépénalisation de la consommation des produits psychotropes illégaux, débat que l’Europe commence (cf. préambule de ce rapport) et qui ne passera pas forcément par la dépénalisation du seul cannabis !

 

En attendant, il nous faut commencer à expliquer tout ça à un maximum de monde et à faire comprendre que, en résumé :

 

"Ça ne sert à rien de pénaliser la consommation de produits psychotropes illégaux (drogues), ça n’a jamais rien empêché, c’est cher , ça ne fait en général qu’empirer la situation et la faire perdurer.

Pour des raisons purement politiques on va essayer de dépénaliser dans un premier temps la consommation du cannabis, non pas parce que ce n’est pas dangereux, mais parce que c’est socialement et politiquement plus acceptable.

Le cannabis n’en devient pas moins dangereux pour autant ! Consommé prudemment et avec discernement par un individu adulte, équilibré, cela ne posera pas de problème. Consommé régulièrement et en grande quantité par un jeune, fragile , ça peut-être (très) dangereux !

Alors faites tous attention, comme vous avez (presque) tous appris à le faire avec les produits psychotropes légaux avec lesquels nous vivons depuis longtemps, les plus dangereux et, de loin, ceux qui posent le plus de problèmes : le tabac et l’alcool.

Parents, si votre enfant fume un joint, ne dramatisez pas et parlez-en avec lui.

Commencez à vous inquiéter s’il en fume un tous les soirs pour s’endormir…puis un autre le matin, pour se donner du courage pour aller à l’école…bref quand il commence à mal aller et qu’il utilise déjà les dérivés du cannabis comme médicament. A ce stade, c’est un médicament qui soigne mal et qui pourrait amener vers la consommation de produits plus puissants…

Et si vous avez un doute… Contactez-nous !

C’est notre travail de vous répondre et de vous aider si possible…" 

 

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